EXERCICES AVEC D'AUTRES DRAGONS

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>>>>>> Avec Claire Ceira

Call me Benjamin ( Claire Ceira & Khalid EL Morabethi ) 


Call me Benjamin…
Benjamin dit qu’il n’a jamais eu une famille.
Il y avait juste une mère qui l’avait vu naitre et un père qui l’avait vu grandir.
Il y’avait juste une phrase qui se répète << Tu me fais mal, tu me fais mal >>
Benjamin dit que la douleur lui fait plaisir.
Benjamin dit que la douleur le fait dormir.
Benjamin dit que la douleur le rend un homme, un monstre, une bête,
que la douleur supprime les maux de sa tête.

Call me Benjamin…
Son père le frappait comme si c’était un péché, comme si c’était une erreur,
Une horreur.
Benjamin et le silence se cachaient dans un placard ou il y’avait une odeur,
un mélange entre les vomissements du diable et la merde des anges,
Et il y’avait cette voix vide et douce qui lui dit que ce n’est pas grave, tu vas mourir de toute façon…
Et il y’avait cette voix vide et douce qui lui dit que ce n’est pas grave, que le père donne de bonnes leçons…
Et il y’avait cette voix vide et douce…
Et il y’avait cet arbre qui pousse…
Et ce cœur qui tousse…
Et ce sourire
Et ce regard.

Call me Benjamin
Benjamin va à l'école, dans un aquarium transparent
autour de lui tournent les enfants
et les maîtres. Il n'entend presque rien
à cause de l'eau dans les oreilles
il a des cahiers et des doigts
tachés, blancs.
il cache tous ses membres
il est fait de l'odeur du placard
comme la rue
comme l'école.

Benjamin porte un aquarium à l'endroit qui tousse à l'intérieur
le poisson est rouge
donne des coups de queue.
Rien n'existe que papa maman.

Le sourire de Benjamin n'est jamais vu
il s'adresse au mur qui longe l'école,
au crépi gris rempli des dessins
de la pluie, des moisissures
c'est là qu'il sait lire
rentrant de l'école
lisant le mur hasardeux
ses lézardes.

Call me Benjamin
Il est né
Il marche
Il part
Il s’en va
Il s’en va boire
Il fait des rêves
Il dort
Il ne fait pas de bruit
Il dort
Il ne fait pas de bruit, il est mort
Mort

Call me Benjamin

Claire Ceira & Khalid EL Morabethi 












>>>>>> Avec Cédric Lerible 


Ades mon hibou (Cédric Lerible & Khalid EL Morabethi )

Ades mon hibou est en train de répéter le mot << DRAGON >> pour comprendre, pour me comprendre, faut qu’il comprenne ce que c’est, il faut qu’il comprenne ce que j’ai créé, ce que j’ai fait sortir de mes poumons. Les poumons du dragon.

DRAGON

Ades mon hibou sort de mon ventre, c’est un homme, il a un visage, il est beau et il marche comme un hibou, il danse comme un hibou << La danse du hibou >>, je danse le hibou.

HIBOU

Ades mon hibou part toujours à la rivière bleue, pour qu’il se baigne, il n’a jamais eu froid, mon hibou est un vampire.

VAMPIRE

Ades mon hibou fait de drôles de mouvements avec ses mains, ses mouvements sont violents et répétitifs.

RÉPÉTITIFS

Ades mon hibou prend de l’aspirine, la douleur vient de mon ventre, la douleur vient du ventre du dragon, l’aspirine aspire la douleur.

DOULEUR

Ades mon hibou laisse ses cheveux blancs pousser, la vie est grande, il laisse les cheveux pousser tranquillement dans le noir, c’est beau.

BEAU

Ades mon hibou se rase la tête, rien ne change, le dragon bouge, rien ne change, il pleut, rien ne change, il pleut tout le temps, rien ne change, mes mains entourent mon cou, rien ne change, il pleut, mon hibou marche dans la ville, dans la pluie , rien ne change, mon hibou me regarde, il ne fait rien, rien ne change, mes mains font des mouvements violents et répétitifs, rien ne change, mon hibou hurle, rien ne change, il pleut dans le nord, rien ne change, le père du hibou meurt, rien ne change, le hibou choisit un cercueil, rien ne change, je lance des prières, des sorts, rien ne change, il pleut, rien ne change, je rase la tête.

TÊTE

Ades mon hibou a les yeux bleus et tout au fond tant de bras sortent de terre, ils veulent s’accrocher, ils veulent s’approcher, tant de bras sortent des murs, ils parlent entre eux, ils veulent mettre le feu, ils entrent dans le ventre et arrachent ses entrailles, ils entrent dans le ventre et ils l’assaillent, ils l’assassinent encore une fois, personne n’annonce sa mort et le soleil se cache dans le dos du corps.

CORPS

Ades mon hibou voudrait que je meure ** comme une fleur, celle qui ne ressemble à rien, celle qui ressemble à un fantôme dont on sent la présence, dont on entend la voix mais dont on ne comprend pas le sens.

SENS

Ades mon hibou ne comprend rien à rien, il prend le vent pour mon souffle et mon ventre pour une cage. Par sa faute, il m’arrive parfois de régurgiter des boules d’os et de poils.

POILS

Ades mon hibou n’a pas trouvé d’hulotte, il cherche toujours des deux yeux, toutes griffes dehors. Ses nuits blanches m’obsèdent et fourragent mon ventre. Impossible de dormir, attentif au moindre bruit, je me terre et me ronge les ongles, j’attends l’aube pour y voir plus clair. La plupart du temps, j’y renonce car sommeille en moi un prédateur.

PRÉDATEUR

Ades mon hibou ne tient pas debout. Chaque jour, les villageois le placardent sous le linteau de leur porte. Les étrangers de passage dont je fais partie, pensent que c’est une nouvelle religion. En réalité, c’est un appel général.

GÉNÉRAL

Ades mon hibou a la ferveur des nouveau-nés, tout comme leurs cris. Dans mon ventre j’entends le cri de tous les nouveau-nés mais ce n’est que mon hibou hirsute qui m’a pris pour son arbre. Lorsqu’il s’y pose, je hoquète et la terreur s’installe, c’est le début interminable d’une veille sans fin. Je ne reconnais plus le jour de la nuit.

NUIT

Ades mon hibou n’a qu’à bien se tenir. Je suis à deux doigts de le ramener où je l’ai pris. Qu’ai-je donc fait ce jour-là ?… Je n’aurais pas dû mais tout m’y prédisposait. Il était encore jeune à l’époque, moi aussi d’ailleurs, je n’avais pas encore entendu le sketch de Raymond Devos. Si j’avais su… On vend encore des animaux, on en fait même des chaînes de magasins. Des animaux de compagnie, vendus dans des boîtes soigneusement étiquetées. Le début d’une suite d’enfermements.

ENFERMEMENTS

Ades mon hibou ne sait toujours pas écrire. Il me faut sans cesse corriger ses pattes de mouches. C’est plus fort que lui même si cela peut se concevoir. Je n’ai pas passé tout ce temps et toutes ces années à lui apprendre l’art d’écrire pour en arriver là. Je n’ai pas su, il n’a pas su, dompter ses déterminismes. Au fond, ce n’est qu’une bête à plumes.

PLUMES

Ades mon hibou ne casse pas trois pattes et un canard mais il en fait des tonnes. Il est difficile à entretenir. Sa litière ne lui sert à rien, il ne dort jamais là. Il préfère mon duvet à son lit douillet. C’est un oiseau de race et de compagnie. On l’a déjà dit. J’y pose mes conditions mais elles sont toujours inconciliables.

INCONCILIABLES

Ades mon hibou n’est pas heureux. Cela se comprend, sous mes airs supérieurs, je ne prends pas soin de lui. Du moins pas assez. Ce n’est pas faute de m’y attacher, ce qui est vous en conviendrez beaucoup plus fort que d’apprivoiser. J’ai appris à le connaître par cœur mais lui qu’a-t-il fait ? Je suppose qu’il tient cela de sa part animale. Nous ne sommes pourtant pas très éloignés l’un de l’autre et mon ventre est son cordon ombilical, son ver de terre, sa becquée quotidienne, le seul lien qui nous unit encore et qu’il confond trop souvent avec mon intestin.

INTESTIN


Cédric Lerible & Khalid EL Morabethi






>>>>>> Avec Gaëtan Sortet
Alu le chat ( Gaëtan Sortet & Khalid EL Morabethi )

Alu mon chat voudrait manger mes bras, mon chat trouve que c’est normal, Alu n’est pas comme les autres chats mangeurs de souris, il trouve que c’est tout à fait normal de manger mes bras, c’est logique.

Je m’appelle Marc-Pierre Janssens. Je suis savant et fou à la fois. Je cumule. Comme je suis fou, je pourrais dire que je fais des cumulets. Comme je suis savant, je précise que cumulet est un belgicisme qui veut dire « roulade » ou « galipette ».  La précision est de rigueur.

Alu mon chat voudrait prendre ma tête. Depuis sa naissance il m’imaginait sans tête, c’est logique, Moi sans tête - chat heureux, moi avec tête - chat triste.

J’aime les femmes libres et faciles. Libres car la liberté rend belle toute femme qui la porte en elle. Et faciles pris ici dans le sens de faciles à vivre car comme a dit Boris Vian… On n’est pas là pour se faire engueuler. Tu en penses quoi, toi ?

Alu mon chat voudrait brûler mes livres qui disent que les chats sont violents, Alu mon chat est très gentil, il n’est pas violent sauf si je le regarde dans les yeux, il n’aime pas mes yeux, c’est logique.

Je suis un fervent adepte du merci matinal et du merci vespéral. Dire merci pour la journée qui s’annonce. Et dire merci pour la journée qui vient de se passer. Merci. Merci. Merci. Vespéral est un adjectif qui signifie « qui a rapport au soir ». La précision est de rigueur.

Alu mon chat voudrait manger ma langue, il me trouve horrible quand je parle, donc, moi sans langue – chat heureux, moi avec langue – chat triste. C’est logique.
Je parle le langage du cœur, des enfants et des dieux. Je parle le langage du cœur, des enfants et des dieux. Je parle le langage du cœur, des enfants et des dieux. Tu en penses quoi, toi ?

Alu mon chat voudrait cacher mon cœur dans une armoire, il ne supporte pas les battements, c’est sans sens, aucune logique et il n y ‘a pas de rythme, moi avec cœur - chat en colère, moi sans cœur - chat en paix. C’est logique.

Un jour, je suis parti en voyage à Sofia et j’y ai rencontré un elfe (c’est pour cela que l’on dit que je suis fou) drôle et empli de sagesse qui m’a raconté des blagues grivoises et emplies de sagesse. Sofia signifie en grec ancien « sagesse ». La précision est de rigueur.

Alu mon chat voudrait me faire souffrir, il n’aime absolument pas que j’appelle au secours,  c’est logique, il faut que je souffre, il faut que mon chat soit heureux.

Je pense qu’une étoile qui explique les règles de l’Amour (faut-il des règles en Amour ?) à un calamar amoureux d’une aventurière ayant le pied marin est un fait réel (c’est pour cela que l’on dit que je suis fou).  Tu en penses quoi, toi ?

Alu mon chat voudrait me mordre dans le cou, ou il faut que quelqu’un morde quelqu’un, c’est facile. C’est la logique.

Un autre jour, j’ai rencontré, à la tombée de la nuit, dans un champ de tournesols en fleur, un alien luminescent (c’est pour cela que l’on dit que je suis fou) qui m’a révélé les sept lois du bonheur sur terre. Depuis, je suis savant. Je suis fou. Et je suis heureux.  C’est logique.

Alu mon chat voudrait vivre une histoire belle, il voudrait toucher le ciel, faut-il toucher le ciel. Tu en penses quoi, toi ?

Je pense qu’Alu doit toucher le ciel. Il faut toujours toucher le ciel dès que l’on en a l’occasion. Alu…  Touche le ciel… Touche !

Alu mon chat voudrait brûler mes sentiments, le ciel n’est pas important, il est tout le temps présent, donc Alu prendra son temps de chat pour brûler mes sentiments, il ne supporte pas les vibrations de mes sentiments, c’est facile, c’est la logique, sentiments brûlés – chat heureux, sentiments présents – chat triste. C’est logique.

Je pense aussi que la logique est différente suivant que l’on soit un savant, que l’on soit fou ou que l’on soit heureux. Moi, je suis un savant fou heureux. Comme j’ai dit plus haut, je cumule. Donc, ma logique est différente mais est identique en même temps. C’est logique.

Alu mon chat fait des rêves, il note ce qu’il rêve, il me les raconte, j’écoute, il a l’habitude, j’ai l’habitude d’écouter.

Je rêve aussi. Je rêve. Je rêve que je suis un savant. Je rêve que je suis fou. Je rêve que je suis heureux. Je rêve donc, je suis. La précision est de rigueur.

Alu mon chat pense, il note ce qu’il pense sur mon ventre, il ne faut surtout pas que je bouge, Alu aime ses pensées et il faut qu’il les note sans aucune interruption. Chat heureux - chat pas triste. C’est logique. 

Un jour, j’ai rêvé que j’étais un chat et que je voulais manger les bras de mon maître. Je voulais manger ses bras et je trouvais cela tout à fait normal. Oui, je trouvais cela tout à fait normal. Et je trouvais cela aussi tout à fait logique. La précision est de rigueur.

Alu mon chat aime grignoter les doigts planté au-dessous de mon lit, il ne faut surtout pas que je le dérange, j’aime mon chat. Oui j’aime mon chat, c’est logique, tu en penses quoi, toi ? 

Je pense qu’il est doux d’être aimé. Je pense que je suis un chat. Et je pense que c’est bon de manger des doigts plantés au-dessous d’un lit.

LA GRANDE LOGIQUE, LA GRANDE LOGIQUE, LA GRANDE LOGIQUE

LA GRANDE LOGIQUE, LA GRANDE LOGIQUE, LA GRANDE LOGIQUE

LA GRANDE LOGIQUE, ALU LE CHAT LA GRANDE LOGIQUE,

LA GRANDE LOGIQUE, ALU LE CHAT LA GRANDE LOGIQUE,

LA GRANDE FOLIE, LA GRANDE FOLIE, LA GRANDE FOLIE,

LA GRANDE FOLIE, LA GRANDE FOLIE, LA GRANDE FOLIE,

LA GRANDE FOLIE, ALU LE CHAT LA GRANDE FOLIE,


LA GRANDE FOLIE, ALU LE CHAT LA GRANDE FOLIE. 



Gaëtan Sortet & Khalid EL Morabethi







>>>>>> Avec Audrey Chambon …. viamvitaeetviammortis.jimdo.com
Corporis ( Audrey Chambon & Khalid EL Morabethi )
>>> Autres textes en duo viamvitaeetviammortis.jimdo.com

Des corps,
Qui se frôlent dans une chaleur étouffante,
Et puis des corps qui marchent, courent et chantent,
Chantent leurs haines écrites sur leurs veines,
Devant ceux qui s’en foutent, ils chantent leurs peines
Et puis des corps,
Juste des corps qui doutent,
Des corps qui se fondent,
Qui se rendent,
Qui se confondent,
Qui se dégagent de la table ronde,
Des corps !
Les corps vacillent,
Les corps sont en transe,
Les corps dansent,
Ce soir, ils dansent,
Ce soir, ils pensent,
Ce soir, ils dansent autour du sens,
La passion est hors du corps et le sens danse,
Le sens est en feu.
Des corps,
Ils dansent, encore et encore
Jusqu’à ce que les pieds saignent,
Puis las de danser
Et plus las encore de penser,
Ils tombent lourdement
Les uns après les autres
S’entassant, tas de chairs
Nerveuses s’agrippant
Aux mensonges qui s’enfuient
A la rage qui vomit
A la crasse au pus au sang,
Chairs amollies ouvertes aux vents;
Et ils crient
Ce qu’il leur reste
La détresse et l’ennui;
Et ils gémissent d’être seuls
Dans la danse macabre
Seuls, tous collés les uns sur les autres
Les autres tout collants et
Tous seuls aussi…
La masse grotesque,
Exsangue,
Râle et expire
L’abcès crevé
Et puis fin.

Poème en duo


Audrey Chambon & Khalid EL Morabethi





>>>>>> Avec Shaomi  https://verbeblog.wordpress.com/ 
Devant la cause ( Khalid EL Morabethi & Shaomi )
>>> Autres textes en duo https://verbeblog.wordpress.com/ 



Devant la cause, là où il demeure (blind dream, blindream)…

Ça se chante en chœur et à cri devant la chose, devant le bordel aseptisé de cette écœurante jeunesse !
Ça fait longtemps qu’il est là, à tressaillir devant l’écran, à s’en resservir une dose à chaque fois que la bête le lui demande (blind dream, blindream).
Ça fait bien longtemps qu’il est là, à corriger ses feuilles, à préparer ses attaques. Il en a composé, des pamphlets. Il n’en composera jamais assez. Il y a toujours une nouvelle loi.
C’est horriblement beau, tout ce que la bête a écrit sur l’autre monde.
Il y avait matière à faire, tant de matière…
(Tu rêves de bûchers.)
Il y avait l’ordre et le beau.
Il y avait les uniformes.
(Tu rêves de leurs chairs qui brûlent.)
Il y avait la blancheur.
Il y avait l’harmonie des formes classiques.
(Tu rêves de leurs cris.)
Il y avait l’ordre, oui.

Devant la cause, là où il demeure (blind dream, blindream)… 

Ça se chante, ça se récite, nul besoin de réinventer les mots, de réfléchir au langage : tout est là, tout est là, prêt à l’emploi. 
Il suffit d’adopter le champ sémantique et de se laisser réinformer.
Devant la bête, terrifiante d’autorité.
Dessous la lune qui penche, prête à tomber sur le monde.
(Il suffira d’un souffle.)
Ils verront bien, quand elle tombera.
Ils verront bien, oui.
Ils verront bien, qu’il avait raison.

Il a essayé de le leur faire comprendre.

Il a essayé de leur faire comprendre le mal qu’ils causent.
Le mal.
Le Grand Mal, avec des MA-JUS-CULES.
Il a essayé de leur faire comprendre le mal qu’ils causent, qu’ils se causent à eux-mêmes, qu’ils causent à tous et à chacun.
Mais ils n’entendent que ce qu’ils veulent. Ils se sont laissés berner par les chants de liberté de sirènes révolues.
Il leur a exposé les dangers. Il leur a dit le remplacement. Il leur a expliqué le choc. Il leur a montré les chiffres et les images.
Et eux, tout ce qu’ils trouvent à dire, c’est qu’il faut vérifier.
(Vérifier quoi ?)
Eux, tout ce qu’ils trouvent à dire, c’est que les images sont truquées.
(On s’en fout !)
C’est que les chiffres sont faux.
(Ce n’est pas le problème !)
Que les faits sont approximatifs.
(Les détails importent peu !)
Que le choc n’a pas lieu.
(Alors, d’où viennent ces kalachnikovs ?)
Que le remplacement est une fable.
(Alors, d’où viennent ces femmes ?)
Que les dangers sont intrinsèques à la vie.
(La vie était sans danger, autrefois !)
Ils ne comprennent pas que ce ne sont pas les chiffres et les images qui comptent, mais ce qu’ils illustrent.
Le mal.
Le Grand Mal, avec des MA-JUS-CULES.
Il a essayé de leur faire comprendre le mal qu’ils causent mais ils n’embrassent que ce qui leur convient : le cœur, la lueur, la foi, le choix, le sang des esclaves, le temps du changement, les droideuloms, le rock’n’roll, la danse contemporaine, les veines du mal dont s’écoule le mal.
Ils se suicident pour vivre, leur liberté s’écoule et contamine.
(Ils verront bien, leur ère du verseau, le bain de sang que ça sera !)
Une liberté rythmée, un sang fluo. Comme les néons d’une rave party.
(Ils t’ont dit qu’il n’y a que les vieux comme toi, pour employer le mot « rave », et ils se sont détournés en riant !)

Ils ignorent que l’eau du robinet est contaminée. Ils ignorent que les vélos n’ont été mis à disposition des passants que pour les tuer, parce qu’ils ne sauront jamais s’en servir correctement. Ils ignorent que les rythmes leur feront faire des bébés, qu’ils assassineront ensuite, et que ces petits fantômes implorent leur pitié. Ils ignorent que l’avenir est une abomination qu’il faut conjurer avant qu’elle ne se propage au présent. Ils ignorent que le passé est le seul et unique avenir sûr.

Le seul avenir, oui.
Si on veut survivre.
Si on veut survivre.
Il avait éteint sa télévision, pour la toute dernière fois, lorsqu’elle l’avait menacé. Le présentateur était clair : « Je vais t’avaler la tête et recracher ton espérance de vie ! ».
C’était inacceptable et il avait crié.

Il n’y a plus rien, que les décombres de la civilisation. 

(Elle qui fut si belle, comme Romy Schneider !)
Il n’y a plus rien que le mal.
Ses petits-enfants épouseront des animaux, des robots peut-être qui sait.
Ce nouveau vent n’apporte rien d’autre que le mal.
Ses petits-enfants seront émasculés par des femmes plates aux chattes rasées.
Le mal.
Le Grand Mal, avec des MA-JUS-CULES.
Devant la cause, là où il demeure (blind dream, blindream)… 
Ça se scande et ça s’en va et ça revient comme une chanson populiste.
Alors, il clique sur un autre lien.
Il clique et clique et clique encore et encore, parce qu’il sait qu’il va mourir un jour.

Shaomi & Khalid EL Morabethi  





>>>>>> Avec Boetiane
21 Grammes ( Boetiane & Khalid EL Morabethi )

21 grammes de sucre
21 grammes de l’âme
21 grammes
M m m  m m m m m  m m m mmmmmmmmmmm
Meurt, ça meurt, ça change de couleur
Ça change de forme
C’est triste mais beau, c’est des mains lourdes, des mains qui vibrent au rythme d’un palpitant qui bat énergiquement.  C’est des mains lourdes qui dansent, c’est un rythme qui s’accélère et chaque mouvement a l’arrière-goût d’un coup retenu, effleurant à peine les fantômes intérieurs.
Meurt, ça meurt, ça change de couleur
21 grammes de sucre
21 grammes de l’âme
21 grammes
M mmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm
21 grammes de sel
21 grains de miel
21 grains
c’est du matin                       et presque rien
c’est fleur de sel                   sous le crâne
ça fond, c’est rond               sur les lèvres
c’est triste et beau                crépusculaire
c’est boire le ciel                   avant qu’il ne boive tout entières
ces mains légères                pivoine et ciel
à repriser                               la lumière séchée
comme les mirabelles         prune et soleil
lorsqu’on leur écartèle        les reins,
sein                                        gorgé de fantômes pluriels
21 grammes de sel
21 grains de miel
21 grains
et sous le crâne                    drame carmin ou fleur de ciel_
c’est du matin                       se dressant sur les reins


Boetiane  &  Khalid EL Morabethi


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