mardi 5 janvier 2016

La pluie ( Khalid EL Morabethi )


La pluie
Lourdement tombe,
Sur quelques tombes,
Sur une question ‘’ De quoi suis-je coupable ? ‘’
Sur un vase oublié, posé sur une table,
Sur une fleur, sur un cƓur d’un corbeau qui meurt.
La pluie
Tombe,
Au-dessus des organes glissants,
Au-dessus des sans organes dans une salle d’attente
Et les infirmiĂšres souriantes leur proposent une mort lente.
Elle pleut sur les longs couloirs de l’hĂŽpital,
Elle pleut sur les longs couloirs d’une mĂ©moire absente,
Une mémoire qui cherche des yeux bleus au fond des foules,
Entre deux cahots d’un autobus,
Ou mĂȘme au fond d’un corps divisĂ©, qui est restĂ© sans muse,
Au fond d’une forme dans le regard d’un inconnu,
Dans le regard d’une veuve tĂ©nĂ©breuse,
Au fond d’un petit regard d’une Ă©toile lumineuse.  
La pluie
Tombe
Sur la gorge de la bĂȘte,
Sur son cahier, sur ses mots qui ne peut jamais les prononcer,
Sa foi, son choix, ses souvenirs, sa haine, qui ne peut jamais les annoncer,
Sur ses rĂȘves qui ont ce dĂ©faut de se modifier,
Sur ses doigts ‘’ De quoi sont-ils coupables ? ‘’
Sur ses mains ‘’ De quoi sont-ils coupables ? ‘’
Sur son sang accusable.
‘’ Suis-je une idĂ©e, une rĂ©pĂ©tition, un mythe, un bruit sourd, un tueur,
Une lettre, une image qu’on ne regarde plus, car ce la fait peur,
Suis-je une fenĂȘtre fermĂ©e, un ĂȘtre enfermĂ©,
Faudrait-il que je m’endorme, en espĂ©rant ne pas me rĂ©veiller,
Faudrait-il que j’Ă©crive une lettre pour qu’on m’enterre,
Je voudrais retourner au-dessous de la terre,
Avant qu’elle ne s’arrĂȘte de pleuvoir,
Je souhaite mourir calmement au nom d’une bĂȘte, ce soir.’’
Elle pleut,
Quelques Ă©toiles pleurent,
Certains meurent,
Et d’autres tombent, perdent leurs lumiĂšres et se mettent Ă  chanter,
D’autres sont devenus des humains voulant sauter du haut d’un immeuble pour tout arrĂȘter,
Pour que cela s’arrĂȘte,  
Pour que ce la ne fasse pas mal au crĂąne.  
Pour que ce la ne fasse pas mal au cƓur.
La pluie
Tombe,
Sur un tatouage qui rĂ©sume pour qui on vit, pour qui on s’enfuit,
Et ce que notre mal atrocement dit.

Khalid EL Morabethi

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