mardi 17 décembre 2013

Nu , devant le miroir ( Khalid EL Morabethi )


Nu, devant le miroir,
Un corps, un visage, un regard.
Le silence et le battement du cœur, veulent dire quelque chose,
Mais une pensée incomprise follement crie, je ne sais la cause.
De l’autre coté du miroir,
Il contemple mon visage ignorant,
Il voudrait sortir me parler, me faire savoir,
Me faire croire.
" Sortir, sortir ‘’,
Criait-il.
Nu,
Je cherche l’homme au costume noir, sans figure,
Je voudrais lui parler de cette blancheur,
Cette feuille vide, ce stylo sans encre et ce vieil auteur obscur.
Il pleut !
disait-il avec un soupir,
Il contemple mes pensées, il aime me lire,
Il aime regarder à travers moi, ce que je ne vois pas,
Ce que je ne comprends pas.
‘’ Sortir, sortir ‘’,
criait-il,
Nu,
Devant le sourire venin de la fameuse vérité,
Devant sa force, son grand couteau dans ma gorge est toujours planté,
Devant mes mensonges dits avec une grande certitude, quel menteur, je suis !
Devant mes mains sales et cette partie de moi si pourrie,
Quel monstre tu es ! Laisse-moi sortir, il crie.
 Laisse sortir la grande partie, qui a tout moment est prête à exploser.
Laisse sortir la colère,
L’enfant qui brûlait les têtes de ses poupées jusqu'à ce qu’elles fondent.
Laisse sortir ce que tu ne peux supporter et le côté sombre qui te hante.
Nu, j’entends une prière d’un monstre,
 Il souhaite qu’on se voie, qu’on se rencontre.

Khalid EL Morabethi

Tous droits réservés

2 commentaires:

  1. Bonjour,Khalid, Un texte très "fort", puissant.et cette dualité qui s'affronte, jusqu'à hurler ses contraires. Espérons que surgira un jour un éclair de vie, tolérante et juste. Le monde est plein d'injustices en tous genre, nous le découvrons à tous âges. Autrement dit rien de neuf sous le soleil. Mais cela veut aussi dire que nous, "adultes", n'avons pas fait grand chose pour que cela change... La conclusion est édifiante : il faut que nous nous rencontrions. Et tout est dit. Merci Khalid

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  2. Le "Je" possède une identité palpable (gradation : "Un corps, un visage, un regard."), mais improductive (autre gradation : "Cette feuille vide, ce stylo sans encre et ce vieil auteur obscur."). Le "Il", lui, est dépourvu d'identité ("sans figure"), mais se trouve potentiellement apte à produire, se positionne du côté de l'oeuvre (parallélisme et antithèse : "Il aime regarder à travers moi, ce que je ne vois pas, / Ce que je ne comprends pas..."). Le miroir apparaît donc comme le point de passage symbolique de l'être vers l'écriture. La tenue adoptée ("Nu") obéit probablement à une exigence de transparence. Passer de l'autre côté, c'est endosser ce "costume noir" de manieur des mots, de maître illusionniste du langage ("me faire croire"). L'antiphrase "fameuse vérité" et l'oxymore "sourire venin" signalent toutefois les doutes nourris par le "Je" sur l'image de la littérature comme révélateur suprême. Le parallélisme ("quel menteur je suis !" / "Quel monstre tu es !") met en évidence un regard sans concession sur le statut parallèle inaliénable du gribouilleur à la petite semaine et du bonimenteur d'envergure. Si le locuteur est demandeur de l'autre partie essentielle de lui-même ("Je cherche...", "le côté sombre qui te hante"), c'est le "Il" qui se montre le plus véhément, comme on peut le constater au travers de la palette des modes employés par ce dernier pour se faire entendre, de la grande vigueur à un type de tractation plus souple (infinitif : "Sortir, Sortir", impératif : "Laisse sortir", conditionnel : "Il voudrait sortir, me parler...", subjonctif : "Il souhaite qu'on se voie, qu'on se rencontre."). Cette relation à l'écriture, basée donc sur une violence première subie ("son grand couteau dans ma gorge") venue depuis cet autre côté du miroir, s'inscrit dans une habitude ancienne comme l'indique l'imparfait ("criait-il" x 2, "disait-il"). La forme impersonnelle ("Il pleut !") suggère au lecteur le processus de l'écriture lui-même, comme une coulée venue de nulle part et qui s'imposerait avec la soudaineté de la foudre (hyperbole : "à tout moment est prête à exploser"). Il s'agit, aujourd'hui ("... il crie."), au travers d'une procédure complexe, de renouer le contact, de faire refluer cette "colère", cette violence prémonitoire et concomitante au moment de l'écriture.

    Merci pour ce partage !

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